Pierre Perrin, l’espace d’un trait, par Pierre Perrin, in Franche Comté, 1999

Victor Hugo, l’espace d’un trait

Victor Hugo est partout, ce fut sa façon d’être. Il n’en est pas moins né, encore que par hasard à Besançon, en 1802 d’un futur général d’Empire et d’une mère éprise d’un autre général. Ce dernier, conspirateur, sera fusillé en Douze. L’enfant n’est pas seul poète. Toutefois remarqué dès l’âge de quinze ans par l’Académie, il ne cédera jamais à l’à quoi bon, jusqu’en politique. Il reste la gloire de son siècle. Il meurt sept ans après Courbet, dix ans avant Pasteur, tous deux ses cadets de près de vingt ans.

Royaliste sorti du rang, il est fait Pair de France à quarante-trois ans. À ce sommet, il accomplit sa propre révolution. Il avait déjà dénoncé dans ses romans, son théâtre, sa poésie même, la torture, les prisons, la peine de mort. Il avait donné, à bouleverser, la mesure de la faim, du froid, du mépris, des injustices sociales qui lui révulsaient l’âme. Après le coup d’État du 2 décembre 1851, il s’établit à Jersey puis à Guernesey. Vingt ans d’exil sacrent le proscrit dont l’ombre, derrière la devise Ego Hugo, se fait éblouissante. Des convictions de toutes espèces assumées presque au quotidien font de lui un boulimique de la vie. L’amour, innombrable, mais la mort aussi rythment son existence. Après celle des parents, de son premier fils à la naissance, il y eut, entre toutes, celle de sa fille Léopoldine, noyée avec son mari à dix-neuf ans, en 1843. L’écrivain a souffert. L’œuvre a ses fondations de bonheur et de douleur mêlés. La quête n’en lève pas moins la conquête d’un Progrès.

Avec un tel homme, l’invisible est à la portée de tous. Comment a-t-il fait ? À ses débuts tintent ses dons. II brille, il éblouit avec les Odes, les Ballades. Déjà le talent creuse l’Histoire. La mort l’habitera. Elle lui “dicte” le chef-d’œuvre des Contemplations. De l’exploration de la douleur à celle de l’infini, si l’homme est horreur, amas de cendres, il rutile, il avance et, avec lui, La Légende des Siècles, La fin de Satan, deux épopées, une réussite. L’Histoire invente ici l’avenir. Hugo, c’est le géant des métamorphoses. Il brasse tout, le bon grain, l’ivraie, dans la démesure des contrastes. Il ne l’ignorait pas qui a joué sa vie et son œuvre sur une toupie d’antithèses. Il reste le génie au bord de l’infini, qui recommence avec chacun. — Continuer la lecture

Pierre Perrin, Franche-Comté, 1999

La vie et l’œuvre de Victor Hugo


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