Pricipales figures de sytle, définitions et exemples (deuxième et dernière partie, de M. à Z.) par Pierre Perrin

Les principales figures de style
[De A. à L. – II, de ‘métaphore… filée’ à ‘zeugma’]

Il n’est désir plus naturel que le désir de connaissance. Montaigne

Métaphore… filée

Déf. : C’est, par une ressemblance, un moyen imagé de parler de quelque chose (élément, personne, sentiment, etc.)… d’une façon suivie.

Exemples : Des cheveux d’or. — La métaphore est filée à partir du moment où la ressemblance est étendue par une ensemble de termes proches. Ainsi l’amour du couple fend la pleine mer [à/c. de  « Ils se fondent en une sorte de navire de haut bord »]. Ou bien cette page encore plus riche, véritablement exemplaire de G. Flaubert. Et puis cette saillie en ouverture de Dom Juan : « SGANARELLE, tenant une tabatière: Quoi que puisse dire Aristote et toute la philosophie, il n’est rien d’égal au tabac : c’est la passion des honnêtes gens, et qui vit sans tabac n’est pas digne de vivre. Non seulement il réjouit et purge les cerveaux humains, mais encore il instruit les âmes à la vertu, et l’on apprend avec lui à devenir honnête homme. Ne voyez-vous pas bien, dès qu’on en prend, de quelle manière obligeante on en use avec tout le monde, et comme on est ravi d’en donner à droite et à gauche, partout où l’on se trouve? On n’attend pas même qu’on en demande, et l’on court au-devant du souhait des gens : tant il est vrai que le tabac inspire des sentiments d’honneur et de vertu à tous ceux qui en prennent. » Ici, le tabac, c’est le théâtre. Sinon c’est incompréhensible. Molière se moque de ceux qui ont fait interdire son Tartuffe, l’année d’avant.  

Métonymie

 

 

 

 

et

 

Synecdoque

Déf. : Un terme le plus souvent générique invite en fait à percevoir, lire un détail. (Boire un verre = son contenant. Chez Corneille et Racine, le fer désigne l’épée. Etc.)

Ex. : Dans le récit de Théramène, Acte V, scène 6 de Phèdre, où sont évoqués, à propos d’Hippolyte à l’agonie, « les chevaux que sa main a nourris », on voit bien la différence avec un plus banal : « les chevaux qu’il a nourris de sa main ». Le choix de la main placée en sujet de l’action, et qui fait de celle-ci une métonymie — ce qui a nourri, c’est ce que la main a donné, foin, farine — accentue le don du mourant, sa générosité totale…

Autre ex. : Cet extrait de la presse en ligne : « À la ‘Une’ du 13 septembre 2003, le quotidien parisien Le Monde […] indique : Selon Jérusalem, le chef de l’Autorité palestinienne est un ‘obstacle absolu à la réconciliation’. La métonymie, qui permet de désigner un gouvernement par la capitale de son pays, est une figure de style fréquente dans la presse.  » [Source Voltaire.org — voir l’analyse en image de ce passage qui, le site s’avérant parfois inaccessible, prend le journal en flagrant délit de parti-pris, la capitale restant Tel-Aviv, selon l’O.N.U.]

Déf. de la synecdoque : Au contraire, un détail appelle l’attention sur ce qui l’englobe forcément.

Hugo : « Et les voiles au loin descendant vers Harfleur »
Baudelaire : « Je vois un port rempli de voiles et de mâts »

Dans ces deux vers, les éléments ‘remplacent’ le mot bateau. Le second surtout évoque une représentation beaucoup plus riche d’être érotisée : la voile faseye tel un ventre au secret ; le mât est dressé dans sa vraisemblable vigueur… Tout le poème, “Parfum exotique”, le confirme amplement.

Mot-valise

Déf. : Constitution d’un terme neuf par fusion de deux fragments pris à deux termes.

Exemples : un courriel [courrier électronique], voire un pourriel [le même, cette fois pourri]. Chirac, après le génial Rimbaud, qualifant sa propre affaire, à la tête de la mairie de Paris, d’“abracadabrantesque” fait fusionner la fin de dantesque [= infernal] avec abracadabrant (ici inchangé) : qui n’a pas de sens… — Plus communs : parler d’un ‘intermiteux’ du spectacle, d’un repas sortir en le qualifiant de dégueulicieux ; constater la médiatictature en boucle, évoquer Sarkosette [aux caisses vides] ou le même, Sarkoléon le Petit, qui se voyait déjà prix Nobel de la paix en 2008, pour avoir entre autres proposé de bétonner les tunnels de Gaza vers l’Égypte, etc.

Oxymore

Déf. : Coexistence de deux termes totalement opposés. Moyen de créer une réalité d’une troisième dimension. Ou de tournebouler le peu d’esprit de l’incrédule !

Exemple : Montaigne : « Ainsi y a-t-il des défaites triomphales. » Racine, « un supplice si doux », dans Phèdre. Voltaire, dans Candide, pour stigmatiser la guerre : « une boucherie héroïque ». Hugo : « Cette petite grande âme venait de s’envoler. » Baudelaire : « un jour noir plus triste que les nuits ». Nerval : « le soleil noir de la mélancolie ». Julien Gracq ou moi-même, je ne sais plus : “une solitude giboyeuse”. Et tant d’autres : un bon petit diable ; un mort-vivant ; un viol délicat ; un crime d’honneur ; une paix armée ; une “tolérance zéro” ; des “frappes chirurgicales” et telle autre “légitime défense préventive” ! Enfin, dans les partis politiques : des bénévoles rémunérés [colleurs d’affiches et autres rabatteurs de voix] ! Les bo-bo [bourgeois et bohêmes à la fois].

Paradoxe

Déf. : Affirmation qui va contre l’opinion la plus répandue.

Exemples : Montaigne : « C’est puer que de sentir bon. » En se souvenant qu’en son siècle, le parfum palliait le savon ! Descartes : « Le bon sens est la chose la mieux partagée du monde. » Victor Hugo, in Choses vues : « La mélancolie, c’est le bonheur d’être triste. » Proudhon : « La propriété, c’est le vol. » Baudelaire dans À une passante : « La douceur qui fascine et le plaisir qui tue » Apollinaire : « Ô Dieu, que la guerre est jolie ! » Saint-Exupéry : « On n’hérite pas de la terre de nos parents ; on l’emprunte à nos enfants. » P. Perrin : « Ils avaient fait trois enfants sans se connaître » in Les Monstres

Paronomase

Déf. : Jeu sur des sons proches, pour frapper l’oreille, pour exprimer des sens opposés.

Exemples : Au temps où Giscard avait créé les Travailleurs d’Utilité Collective, le secrétaire général du P. C. avait tonitrué : « les TUC c’est du toc ». Se souvenir encore de l’ignominieux slogan de soixante-huit : CRS, SS ! en ce qu’il décuplait, à en crever, l’esprit de tolérance… [Lire à cette occasion cette charge contre la modernité à tous crins] Le choc, le chic et le chèque ; le fric, le froc et les frasques… Obama, au bas mot… Le médecin prête le serment d’Hippocrate, mais chez Molière il fait le fervent hypocrite… Le sacre et le massacre…

Personnification

Déf. : Fait d’attribuer un caractère humain à d’autres éléments : lieux, objets, animaux (comme si l’homme n’était pas d’abord un animal, mais cela n’est pas admis de tous), etc.

Exemples : Le village “blotti” dans la vallée, le prétendu ‘charisme’ d’un véhicule !

Pléonasme

Déf. : Redondance ridicule, fait de dire deux fois la même chose.

Exemples : Monter en haut, descendre en bas, crier très fort. Voire même [voire, adverbe, veut dire “et même”]. Car… en effet. [<— Dans les années quatre-vingt, un présentateur de TV, Léon Zitrone, l’a inoculé à la France entière puis, disparu, la faute a reculé ! Mais on la trouve jusque chez les meilleurs, Yourcenar par exemple.] Première priorité.

Polyptote

Déf. : Un polyptote est l’utilisation à effet de redondance de mots de même racine.

Exemples : Aimer d’amour, chanter une chanson, haïr la haine, tolérer la tolérance — mais dormir son sommeil <— à vérifier… Tel est pris qui croyait prendre.

Prétérition

Déf. : Formulation qui permet de parler de quelque chose ou quelqu’un en attirant d’abord l’attention sur le fait qu’on n’en parlera pas.

Exemples : Un Tel, pour ne pas le nommer… Je ne dirai rien de la Peur qui est tapie en chacun, etc.

Prosopopée

Déf. : Fait de donner la parole à un absent [personne morte, entité ou idée telle que la Poésie par exemple]

Exemples : Voir Cadou qui donne la parole à la Poésie…

Syllepse de sens

 

 

 

 

 

Syllepse grammaticale

Déf. : Fait de donner à entendre deux sens à un même mot dans une phrase. C’est mille fois plus subtil que le calembour qui doit, lui combiner souvent lourdement, son et sens (un ingrat / un nain gras ; ou tout de même un peu mieux : Pierrot et Mélusine / mais non, il n’aimait pas l’usine ; elle est en quoi la statue de la liberté à New-York ? Elle étend le bras).

Exemples : Parler de ses chères études ou de ses chers enfants : on comprend la conjugaison d’une affection et d’un coût financier ! Racine fait dire à Titus : « Brûlé de plus de feux que je n’en allumai » où se conjoignent l’amant et le soldat, les feux de la guerre et ceux de l’amour, dans Bérénice. Ou encore Le Canard enchaîné, entre des paysans déchaînés, redouble en octobre 2009  : « Pour leur blé, les céréaliers font du foin » (leur revenu, le caca-prout). Plus classique, dans L’Avare de Molière, la remarque de Frosine à La Flèche : « Je sais traire les hommes » — qu’il faut suivre de la braguette au portefeuille. Et encore : La fête de la musique : du son pour les ânes ! Chirac, à qui le traitait de connard, de tendre la main, en disant du tac au tac : « moi, c’est Chirac » [l’insulteur devient ainsi : M. Connard !]. Enfin, ici coup double : Il lui avait si bien fait la cour qu’elle lui aurait confié son jardin.

Déf. : Accord non par logique grammaticale, mais par le sens.

Exemples : La moitié des habitants est mal logée [accord grammatical]. La moitié sont mal logés. [Voir aussi]

Zeugma

Déf. : Procédé qui consiste à rattacher grammaticalement à un même terme deux éléments (ou plus encore) très éloignés par le sens logique.

Exemple : Il tira son mouchoir et, le coup parti, au plus court, presque à angle droit. Le propre de l’éclair est qu’il est sans mémoire. — Il prit une gifle et aussitôt la porte. [Prendre ici à bien deux sens successivement : recevoir et disparaître.]

Pierre Perrin, 30 août et sq. 2006

Ressources pour qui veut apprendre

Page précédente — Imprimer cette page — Page suivante