Pourquoi Pierre Perrin et Christine ont choisi l’enseignement ?

Pourquoi avoir choisi l’enseignement ?

le couple

Pour peu qu’on ouvre les bras, vivre c’est passer. Tout être est un passeur – le professeur à double titre. Non seulement, la société lui confère cette fonction, mais le professeur de lettres doit transmettre deux témoins. L’acquisition de la maîtrise de la langue est le premier droit de l’élève. Le langage ne garantit pas la liberté, mais l’exercice de la liberté s’accommode mal du silence complice, encore moins forcé. Le second témoin qu’il incombe au professeur de transmettre est le goût de la lecture. Au terme, se lève la littérature.

Pourquoi lire ? Nous sommes, écrit Jean Grosjean, traducteur de la Bible et du Coran, des éponges. Nos idées ne viennent pas de rien. Il faut, pour les faire siennes, sans se laisser trop abuser, un espace de réflexion que ni le café du coin, ni la télé, quand elle racole ou qu’elle roucoule, ne peut combler. Contre le rouleau compresseur de la modernité consumériste, c’est donc à un véritable acte de résistance que le professeur doit s’attacher librement. Il dépend de lui d’abord que le citoyen ne reste pas crédule. Rendre capable de comprendre ce que l’autre dit, ce qu’un texte affirme péremptoirement et dans ses replis insinue, c’est cela le travail du professeur de lettres. Mais cette mission s’augmente aujourd’hui d’une nécessité plus large. Quelle que soit la finalité de l’art, jusqu’à son autodestruction à quoi le vouent certaines avant-gardes, la connaissance de notre littérature va de pair avec la perpétuation de notre civilisation. Le Sartrosisme, la Barthalgie sont des épiphénomènes ; l’anglomanie, un prurit ; le vrai danger est l’abandon de la langue*. Et ce n’est pas en décrétant trop arides nos classiques, de Montaigne à Yourcenar, qu’on perpétuera notre culture.

Mais la culture, dira-t-on, par l’étude des chefs-d’œuvre et donc la célébration du passé, perpétue les inégalités sociales. Ce n’est pas faux. Cependant, si l’aspiration à l’égalité est un droit absolu, celle-ci peut-elle ignorer ce qu’elle se propose de renverser ? Quel professeur défendrait l’incurie du grand monde que Proust, tout le premier, dénonce ? Quel autre perpétuerait l’imposture du “grand soir” en tisonnant le “mentir-vrai” du Roman inachevé ? Peut-on ignorer le sol culturel à partir duquel chaque individu se dresse ? L’éducation, c’est le refus du péremptoire. Pour autant, ce n’est pas l’anarchie et encore moins le nihilisme [lire ce qu’en dit Platon, en dix lignes, cliquer ici]. On voit mal comment l’improvisation systématique à partir de rien pourrait conduire à l’établissement d’une société géniale. En conséquence, le professeur informe, suggère, attise la réflexion dans la multiplicité des champs que les programmes lui demandent d’explorer. La conquête de l’autonomie passe par le débridement de l’esprit, donc par une acquisition critique des savoirs.

Nos deux sites d’enseignement que nous avons fermés en 2012, après 580 263 visites au compteur, l’actuel alors reparti de zéro, relevaient de cette attention. Il s’agissait de donner aux élèves des repères et autres prises de confiance et de conscience. [Exemple d’une préparation de cours pour des Tales, Les Planches courbes d’Yves Bonnefoy, 2006.] Les deux sites présentaient, le premier des lectures, le second des séquences, toutes ressources souvent originales, jusqu’à travers des sujets de bac proposés, par exemple.

* Depuis 1998, pour servir l’Otan, le commandement militaire ne s’exerce plus en Français. Les découvertes de tous ordres doivent être publiées dans la langue du plus fort. L’abandon n’est donc pas un vain mot.

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