Enza et Sophie ont lu Le Goût de vivre de Pierre Perrin, Possibles Hors-série, 2025
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  • Enza et Sophie ont lu Le Goût de vivre
    essai de Pierre Perrin, Possibles Hors-série, 2025

    couverture

    « Je suis en train de lire Le Goût de vivre. Je vous remercie pour ce livre si riche et si lucide. Très touchée par votre adresse aux jeunes : « Convertir l’attente en attention […] Puisses-tu vivre vrai , toi qui à ton tour découvres le monde. » Merci de nous ramener aux vraies valeurs, à ce cher Montaigne « qui a tout embrassé » ! Et quelle émotion pour moi de lire ces mots : « La littérature s’apparente à un tabernacle de l’expérience intime. » Un livre qui nous met face à une réalité désastreuse tout en nous rappelant les trésors que nous avons à découvrir, à redécouvrir sans cesse. Oui, le goût de vivre et le goût de lire se rejoignent ! Ce livre est un chant d’amour. »

    Enza Palamara, Le Livre des visages, 19 juillet 2025


    « C’est parfois féroce, toujours inspiré et frappé au coin du bon sens. C’est un formidable état des lieux où s’égare l’âme de notre époque. C’est touchant, aussi, parce qu’on sent la tristesse qui prend l’ami Pierre Perrin à égrener les errances de la modernité, mais qu’on y sent poindre de temps à autre l’espoir que tout ne soit pas perdu. Le titre est magnifique. Le livre l’est aussi. Je vous invite à le lire. Comme souvent, au lieu de gloser, ce que je ne sais pas faire, voici [une] page (ci-dessous) qui vous donnera un aperçu de ce livre précieux par l’amour qui s’en dégage… pour l’humanité. »

    Sophie Bastide-Foltz, Le Livre des visages, 18 mai 2025

    Le Généreux

    — Venez, pauvres gens, venez chez nous ; prenez un siège, partagez notre vie.
    Ainsi clabaudait le Généreux, sur le seuil de sa maison. Il ne voyait pas le trouble de son ménage, ni son chien la queue basse.
    — Mais entrez, entrez donc, prenez un siège. Vous aurez tant à raconter. Vous apportez mille nouveautés. Nous vous aiderons de toutes nos forces.
    Alors, il en entrait, des pauvres, des expulsés, des souffreteux, des malheureux. Quelques matois se demandaient quelle rouerie les attendait, passé la porte.
    Le Généreux clabaudait – un vrai orgue de barbarie –, sans voir que tant de talons creusaient la pierre de son seuil comme il aurait pu découvrir la même usure ancestrale à l’entrée de son église :
    — Venez, venez chez nous, laissez la gêne derrière vous, mettez-vous à l’aise.
    Parfois, un invité forçait la fille. La femme croulait sous le poids des sévices. Un autre, à la Jean Valjean, raflait des objets. Un troisième explorait les chambres hautes. À force, la maison manqua d’oxygène.
    Une nuit enfin, tombé de haut, le silence de la rue aurait-il étonné les voisins ?
    Le Généreux perdait son sang dans le caniveau. Sa femme ni sa fille n’étaient plus en état de le pleurer. De nouveaux venus avaient muré de l’intérieur la porte de la maison.


    Lecture par Aline Angoustures,le 5 juin 2025 —>

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