Richard Taillefer et Jean-François Mathé ont lu Le Modèle oublié, Laffont, 2019

Richard Taillefer et Jean-François Mathé
à propos du Modèle oublié, éditions Robert Laffont, avril 2019

Gustave Courbet, le paradoxe

Le Modèle oublié [couverture] Pierre Perrin nous ouvre en grand les pages d’une époque du XIXe siècle. On traverse ces années, de 1841 jusqu’à la mort du Maître peintre, ce 31 décembre 1877. C’est là que se trouve la force et la richesse de ce livre passionnant. Courbet est un paradoxe à lui tout seul. Il y a chez cet homme, cette faiblesse, cette lâcheté, cet orgueil démesuré, cette recherche absolue de la réussite dans l’art, sa place dans la société, sociale et politique, mais il y a l’envers du décor. Un homme aimant, un éternel amoureux tourmenté. Un homme du peuple qui peindra toute sa vie durant avec un réalisme d’une extrême modernité, la vie des humbles, des pauvres gens. C’est un homme déchiré, meurtri, traversé par des drames qui jamais ne se refermeront. La mort de son amour controversé et pourtant exceptionnel, parfois lumineux, de Virginie Binet, la perte de ses enfants, le petit Émile ce garçon qu’il ne reconnaîtra jamais (par conviction d’une morale bien ancrée, que l’on ne peut accueillir au sein de la famille un marmot né hors mariage). Courbet terminera sa vie rongée par le remords. Dans un état d’obésité morbide. L’artiste côtoya le quota des éminences de ceux qui marquèrent l’univers de la création de son vivant. Baudelaire, Proudhon, Champfleury, l’ami de tous les jours, des bons comme des mauvais. Victor Hugo, Balzac… Il fut l’ami des riches, souvent par nécessité financière. Reçu et hébergé par de nombreuses familles de la haute bourgeoisie européenne. Il fut adulé, bafoué, trahi, reconnu de son vivant comme l’un des plus grands. Lui-même n’avait cessé de le proclamer.
Ce que m’a procuré cet ouvrage, c’est ce besoin irréversible de découvrir ce peintre que je connaissais mal. De me poser dans les traces de ce monumental travail pictural, de visiter les œuvres, toile après toile enjambant ainsi les pas des écrits de Pierre Perrin. Je vous souhaite de lire ce livre et d’y trouver tout le bonheur de lecture que j’ai ressenti au fil de ces pages.

Richard Taillefer, poète, statut sur Le Livre des visages, le 22 mai 2019


Un roman dont on se souvient

J’ai beaucoup aimé Le Modèle oublié. L’aventure amoureuse de Gustave et Virginie humanise d’emblée un récit qui nous fait découvrir autrement une grande œuvre artistique, une époque, des destins. La grande réussite du Modèle oublié est la capacité de rendre tout vivant, présent, les êtres humains, les tableaux du peintre, les événements historiques. De Courbet, on ressent l’égocentrisme, l’égoïsme, mais aussi la quête frénétique d’une œuvre qui doit le réaliser en détonnant par rapport aux autres et correspondre à ce qui l’anime au plus profond de lui, son ambition, certes, mais aussi sa vision, sa compréhension des hommes et du monde. Rien dans le récit n’est secondaire : la peinture, les événement historiques, les lieux, l’atmosphère de l’époque. C’est donc un récit en relief qui doit beaucoup à une écriture qui ne pèse jamais, ne s’enferme pas dans des conventions ni celles de descriptions à n’en plus finir chères au réalisme, ni celles du sentimentalisme. Les dialogues peu nombreux sont toujours vifs et j’ai bien aimé dans des propos au style direct de Courbet les restitutions graphiques de l’accent franc-comtois. Virginie et Émile sont dignes, émouvants... on ne saurait en dire autant de Gustave dont les petitesses morales ne sont pas à la hauteur de l’œuvre. C’est donc avec un grand plaisir que j’ai lu ce Modèle oublié qui mérite le succès. Il est de ceux dont on se souvient.

Jean-François Mathé poète, prix Kowalski, courriel du 23 mai 2019

Page précédente —  Imprimer cette page — Page suivante