Le Modèle oublié, Laffont, 2019, douze retours.4 de lecture

Douze retours.4 sur Le Modèle oublié
roman de Pierre Perrin, éditions Robert Laffont, avril 2019

Le Modèle oublié [couverture]

Quels beaux témoignages de lecture de Le modèle oublié… qui l’un et l’autre renvoient au bonheur de la lectrice que je fus de ton livre, Pierre… Quels beaux témoignages de lecteurs aussi qui l’un et l’autre soulignent, affirment magnifiquement, le plaisir de la lecture et de l’écriture « en général »… et à la nécessité (vitale) de l’une et de l’autre. Deux points de vue qui nous ramènent à ce livre dans lequel tu as si bien su grâce à ton écriture exigeante, précise, sensible célébrer l’oubli et révéler l’envers de la célébrité…! Ces mots ici pour dire le plaisir tranquille que j’ai à attendre la parution de ton prochain roman et qui anticipe, j’en suis quasiment sûre, celui de la lecture. — Virginie Megglé, commentaire Fb du 16 juin 19

Ne pas se faire piéger par un angle de lecture trop subjectif et pourtant... Ces « retours » sur littérature disent quelque chose d’inédit, car non encore formulé à l’usage de l’auteur du Modèle oublié qui nous le restitue tel quel. Ajouter une marque personnelle à toutes ces splendides remarques me fait hésiter. Alors je réfléchis. Et plus j’y pense, ma lecture se comporte comme une marée montante, charriant une multitude de débris arrachés au fond des eaux matricielles et propulsés par la mémoire. La vie de Courbet n’est plus aussi attirante ; il est le contemporain de toutes les misères, les arrogances et les lâchetés de son siècle. Si l’on s’en tient aux faits, même habilement recomposés, il a fait souffrir et il a souffert. Sa vie d’homme n’a rien d’exceptionnel, hormis sa chance d’avoir pu peindre et jouir de son art d’aimer comme un faune en oubliant les conséquences par intermittences. Virginie est une femme inspirante, elle a cherché sa place dans cette confusion des actes et des lois intimes du désir. Son triomphe éphémère dans la maternité a fait brièvement contrepoids mais n’a pas suffi à capter les attentions virevoltantes de son amant. Une de plus dans la nasse des désillusions. Pour autant, elle a joui elle aussi. Il est dommage qu’elle n’ait pas écrit elle-même le livre de Pierre. Les scènes érotiques auraient été sensiblement différentes. Qu’aurait-elle dit si on lui avait demandé de témoigner ? On en est réduit à soupçonner son fantasme dans l’éblouissement de sa peau blanche, affichée dans le fantasme du peintre. Celui-ci se sera battu contre sa toute puissance à elle. Et si l’éloignement venait justement d’une impossibilité de se détacher du corps originel autrement que par sa neutralisation générique ? La tendresse n’a plus court lorsque le manque de pouvoir sur le corps féminin induit la rage de le posséder, et de retrouver la virilité paternelle confisquée ou défiée. C’est compliqué tout cela, hein ? Mais je m’en tiendrai aujourd’hui, je veux dire pour l’instant, au dos de Courbet soutenu dans l’incurvation du corps nu de la plantureuse Virginie… pas si oubliée que cela dans tout ce sombre décor de composition moqueuse et interrogative. Manifestement, nous n’y étions pas ! Mais quel beau sujet de méditation sur le destin de sexes, et quelle œuvre aussi ! Ton livre, cher Pierre en a l’éclat du jour, profitons-en ! Je vais encore réfléchir, autant dire, scruter l’image sans la décoller du vraisemblable. Tout est lié à l’acceptation ou le refus des mots qui captent le son imaginaire d’un amour perdu ou perdant. Mais il faut savoir jouer comme tu le fais, pour en comprendre un peu la saveur. Gardons-en donc pour le moment, la légende qui nous fait le plus plaisir. Principe de réalité inclus… — Marie-Thérèse Peyrin, commentaire Fb du 16 juin 19

Ce qui me frappe à la lecture de tous ces retours, de ces « impressions », de ces « émotions », c’est que Pierre a réussi un formidable tour de magie ! Il a fait revenir un peintre très connu, très côté, il l’a fait revenir en « homme ». Il a écrit un livre qui raconte l’histoire de Courbet et ce livre en cette année du Bicentenaire aurait dû affoler seulement les maisons d’art, les librairies d’art, les « connaisseurs d’art ». Les critiques d’art. À la rigueur il aurait pu être lu comme une biographie. Une magnifique biographie car écrite par « un voisin », par quelqu’un du « pays » de Courbet. Par Pierre Perrin. Et le voici, ce Modèle oublié qui nous affole tous. Qui affole les modèles vivants. Qui affole les lecteurs de Psychologie. Qui affole des lectrices et des lecteurs qui voient des pans de leur vie passer dans celle de Virginie et de Courbet… Pierre Perrin a réussi le formidable pari de faire « naître » l’idylle de Courbet et Virginie en 2019. De nous faire oublier qu’ils sont d’un autre siècle. — Jeanne Orient, extrait d’un statut Fb le 21 juin 19

Je suis en pleine lecture de ce livre si riche et qui éveille en moi des sentiments contradictoires et en tout cas plus complexes qu’une charge contre Courbet. Sans excuser, ni même chercher à le faire, ses agissements souvent peu « nobles », j’essaie de dépasser colère et indignation pour comprendre, comprendre sa « machine intérieure », mais aussi l’époque. Il faut toujours se garder, dans la lecture des personnages du passé de tout « présentéisme ». Je lis très lentement cet ouvrage, avec des parenthèses et des raccrochages, des retours en arrière aussi, pour justement ne pas céder à l’indignation et la colère qui, souvent, pointent leur museau. Mais, je dirai. En tout cas, merci pour ce tableau d’un homme et d’une femme dans une époque. — Henri-Pierre Rodriguez, commentaire Fb, 21 juin 19

Ah que j’aime quand Jeanne se lâche et nous rappelle nos trop pleins de ci et nos exagérations de là ! Quand elle nous prend par les guillemets, et qu’elle les jette sur sa page comme pavés à la mare et ça gargote et ça grouille aux bords des colorés nénuphars… heureux et utiles tous ces courriers de lectrices et de lecteurs d’un ouvrage sublime de précisions et délicieux par le style joliment tracé et alerte de Pierre Perrin. Et que tout ce remue-ménage ferait la une des journaux de 2019 et se porterait jusqu’aux plateaux-télé et dans la forme et le fond de radio-ex-tsf d’où fusent encore de belles contemporaines respirations... Mais oui Courbet vu par Pierre mérite tout ça, le divan de FOG et le fauteuil de Ruquier, le 7/9 de France Inter et les questions pointues de Léa Salamé, mais tout de même pas, restons sérieux, ni Arthur ni Hanouna pas plus qu’Hondelatte ou Morandini !… Bravo pour tes reprises ma chère Jeanne qui comme à l’accoutumée, sous tes mots deviennent sélecte Haute Couture sans l’ombre d’un faux-fil qui reste ou ne dépasse. Et notre Pierre Perrin doit faire la « couve » de Vogue même avant celle de Paris-Match tant le presque scandale Binet-Courbet est si actuel toujours. Et ce serait juste mesure de commémorer ainsi le bicentenaire de la naissance de ce grand peintre avant-gardiste à tous points de vue et de vie. Et pourquoi pas ? Merci mille fois Jeanne, j’aime ton ouverture des retours de lecture du Modèle oublié. Tout sésame levé, point de doute, le biographe Pierre Perrin n’a pas son pareil. Et que vive « l’heure bleue » de Virginie : chez Laure, que j’adore, son porte-parole et rapporteur-reporter y a largement sa place ! Et j’ajoute que je le souhaite vivement. Appelons aussi et surtout François Busnel et même Claire Chazal, ces grands pignons sur rue du Paf ! Mais vont-ils décrocher si le numéro reçu n’est pas dans leur agenda ? — Gilles Compagnon, statut Fb, 21 juin 19

Je retrouve les tableaux de Courbet, je trouve une histoire d’amour, je vois l’époque avec Baudelaire, Barthet… je retrouve l’écriture majestueuse de simplicité de l’auteur (Le Cri retenu, Cherche Midi, 2001). L’époque trouble que fut le XIXème siècle avec son lot de révoltes. Écriture sensible, toute en finesse. Notre ami Courbet (parce qu’il l’est !) avec son éternelle révolte dans le Cœur, trouvant en son bel amour, un havre, sans concession. Courbet l’insaisissable, laissant, délaissant, re-enlaçant sa Virginie et leur enfant. Bon amant ? Mauvais mari ? Mauvais père ? Le peintre tente son existence comme il peint par petites touches et ces petites touches ont séduit la belle et tendre Virginie. Virginie qui s’est occupé de ses sœurs et de son veuf de père. Ce dernier recasé, sa rencontre avec Courbet va lui permettre la continuité : s’occuper de quelqu’un. Pourtant le peintre, en bon amoureux, va lui faire découvrir sa nature de femme tout en lui imposant l’assignation à résidence : Paris. Verra-t-elle un jour Ornans, la famille Courbet ? À lire ce bel opus de Pierre qui, avec sa sensible écriture nous dépeint les mœurs de l’époque, ces soubresauts de non résignation pour les hommes, en oubliant la femme, l’enfant. Les suffragettes ne sont pas loin et Mai 68, pas encore à l’horizon. Bravo. — Benoît Deville, commentaire Fb, 22 juin 19


Cézanne et moi, magnifique film de Danièle Thomson. Ce film nous donne de contextualiser le monde des arts au XIXème siècle, 20 ans après Courbet. Bien des similitudes entre Cézanne et Courbet. L’Ami (Cuenot pour l’un, Zola pour l’autre), La maîtresse/modèle plus ou moins cachée à la famille : Virginie pour l’un, Hortense pour l’autre ; deux enfants nés hors mariage : Émile, le fils de Courbet, Paul le fils de Cézanne. Deux peintres totalement voués à la peinture. Et ce reproche de Zola à son ami Cézanne : « tu n’aimes personne, tu n’aimes que toi » ! Des différences aussi entre ces deux personnalités. La timidité de Cézanne contre la truculence de Courbet. Cézanne a toujours pris soin de sa famille et a fini par épouser Hortense. Les deux hommes se sont plus ou moins affranchis de l’emprise de leur famille pour se donner à leur art. Très intéressant d’avoir à comparer ces deux histoires de vie si proches l’une de l’autre dans le temps. — Claudine Jourdan, commentaire Fb, 24 juin.

J’ai trouvé votre Modèle oublié très bien documenté, bien construit, en somme bien plus qu’un roman au sens traditionnel du terme. Il est toujours difficile de faire lire ce genre d’ouvrage à un « spécialiste » [historien de l’art], mais je dois dire que vous vous en êtes bien sorti et que j’ai beaucoup appris et apprécié. — Niklaus Manuel Güdel, Président de la Société Courbet à Genève, courriel, 24 juin 2019

Je poursuis la lecture du Modèle oublié de Pierre Perrin. Tout y sonne juste. Écriture très forte, « charnue », accordée au roman car j’oserai la qualifier de picturale. Le peintre montre mais n’impose pas et chacun aura sa vision du tableau. Les portraits psychologiques des personnages sont d’une grande finesse. Tout est donné à voir mais le lecteur n’est pas l’otage de l’écrivain, en ce sens qu’un silence ponctue ce que donne à voir et à penser Pierre Perrin, laissant libre court à notre imaginaire. C’est le propre de la poésie et le modèle oublié en est empreint. Ce roman est d’une grande intelligence romanesque. Rien n’y est laissé au hasard. L’on se retrouve véritablement plongés en plein XIXème siècle et c’est délicieux. Je n’en dis pas davantage. Lisez ce livre ! — Chants Soizic, statut Fb, 25 juin19

Le Modèle oublié est une réussite passionnante. C’est d’abord un roman. L’imagination de l’auteur permet de faire les liens qui rendent vivante la période historique, les contemporains, Courbet ! Le talent du romancier s’élabore à partir d’éléments historiques vrais, vérifiés, vérifiables. On apprend beaucoup sur la peinture de Courbet. Ce n’est pas un livre d’Histoire et pourtant nous apprenons beaucoup sur l’Histoire, sur l’époque. Un roman doit faire passer la chaleur de la vie. Les problématiques auxquelles se confrontent l’être humain. L’éclairage est porté sur cette part d’ombre que l’Histoire n’a pas retenue, celle où se déploie Virginie Binet. C’est réussi Pierre. les nombreux retours te le disent. À ce stade on peut traiter par le mépris les divagation d’Amazon. — Gérard Netter, commentaire Fb le 26 juin 19

Poursuite de la lecture du Modèle oublié de Pierre Perrin. Plus j’avance dans le roman plus je trouve l’écriture vive, énergique, tout en étant éminemment poétique. Courbet est un rustre, un grossier personnage, rien d’autre qu’un marchand finalement. Comme l’était Manet d’une certaine façon. Et pourtant leurs milieux différaient. La psychologie féminine est très bien analysée. Je me surprends à me demander si pour réussir en peinture il ne faut pas être simplement marchand et voyeur. En tout cas ici c’est la sensation que l’on a. Courbet a tous les droits et sa prétention est sans limite. Fils de paysan on voit une différence avec le comportement de Manet vis à vis de sa compagne qu’il finira par épouser car il a au moins le sens de l’honneur, Manet est issu d’un milieu aisé. Mais des êtres comme Courbet ignorent ce qu’est l’honneur. Ils prennent… Manet, au moins, appréciait la poésie de Baudelaire, Courbet apprécie surtout ce que Baudelaire peut lui apporter. Il ne sait que prendre. On reste stupéfait. Lorsqu’il dit après la naissance de son fils : « Je peins ce que je vois. Rassure toi ma mie j’ai vu naître des veaux, des poulains, des agneaux et des chiens », quelle arrogance ! Quel rustre ! Son fils n’est qu’un objet à peindre. L’on se demande comment Virginie Binet ne réagit pas à ce moment là.
Ce qui l’attire aussi visiblement chez Baudelaire c’est l’aspect dandy. Comme beaucoup de paysans devenus des parvenus. Il en existe encore aujourd’hui du reste sous différentes formes. Leur orgueil trouve sa justification dans le fait qu’ils pensent s’être élevés et avoir donné une leçon à leurs parents. C’est très bien décrit, sans être dit aussi clairement mais oui, c’est bien de cela dont il s’agit. Aujourd’hui certains font partie des « bobos ». Merci Pierre pour cette force des détails.
Ce que je note, c’est quand même qu’à cette époque tous les peintres étaient obsédés par l’idée d’exposer au salon. Pour pouvoir entrer dans la postérité.
Ce roman est décidément remarquablement écrit. C’est très littéraire. Et puis bravo pour les dialogues ! Il y a le ton, l’intonation… Je salue un excellent écrivain et un fin psychologue. — Chants Soizic, statut Le Livre des visages, 27 juin 2019

Michelet parvient à ressusciter les morts et à donner voix aux sans voix parce qu’il y a du romancier chez cet historien. Si Pierre Perrin parvient au même résultat avec Le Modèle oublié, c’est qu’il rêve, bien sûr, Courbet et sa Virginie en romancier. Mais c’est l’historien précis et méticuleux qui est en lui qui leur donne corps et les fait se mouvoir à Paris, à Dieppe et à Ornans.
Lui, Gustave, est de l’est, du terroir, socialiste et communard à Paris dès qu’il aura de l’argent il achètera des terres et des terres dans son village, il a les pieds dans la glaise et ses personnages aussi. Elle, Virginie, est de l’Ouest, du bout des terres, et c’est en venant voir la mer pour la première fois que Gustave la découvre, la courtise et finalement l’emmène à Paris où elle lui servira de mère, de compagne, d’amante, de modèle, de domestique aussi peut-être sans que jamais il ne l’emmène dans sa famille, sans que jamais il ne lui propose le mariage ni, quelques années plus tard, ne reconnaisse le fils qu’ils auront ensemble dont il n’ira pas même déclarer la naissance.
Courbet a des idées bien arrêtées sur tout et, en particulier, sur ce que doit être la famille et ce que doit être un artiste et artiste il veut l’être à part entière et pour cela il se battra bec et ongles.
Toutes les oeuvres sont là ainsi que les échecs et les réussites. Un Enterrement à Ornans, le monumental Enterrement pour lequel Gustave est parti 6 mois dans son terroir, sa famille, marque le moment où Virginie, emmenant son petit Émile avec elle, repart à Dieppe.
Pierre Perrin choisit d’insister sur le moment où le fils devenu grand écrit au père pour s’opposer à lui. Personnellement, ce qui m’a le plus intéressée c’est que contrairement au personnage de lorette imaginé par Flaubert, contrairement à Rosanette qui monte à Paris après avoir été violée par un bourgeois lyonnais, Virginie qui a lu et rêvé d’ailleurs et dont le nom, elle le sait, renvoie à une histoire d’amour, Virginie finalement choisit de suivre l’homme qu’elle aime, de vivre avec lui et d’avoir un enfant comme elle choisira de le quitter et cela semble-t-il sans un brin de ressentiment pour la lâcheté d’un homme bien de son temps infidèle en amour et en amitié alors qu’elle, loin d’incarner pour moi la femme séduite et trahie est, au contraire, un modèle oublié de force et de liberté. — Marie Paule Farina [spécialiste de Sade], Le Livre des visages, 4 juillet 2019

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