Avis de Jean-Michel Delacomptée après lecture du Modèle oublié, Robert Laffont, 2019

Lecture de Jean-Michel Delacomptée
à propos du Modèle oublié, éditions Robert Laffont, avril 2019

Le Modèle oublié [couverture]Cher Pierre, Je viens de lire votre Courbet, et j’ai tort de dire « lire » : avalé.
Je suis enchanté de ce livre. Roman, certes, mais je dirai tout simplement livre, dans la plus haute acception du terme. D’ailleurs, vous éliminez les frontières entre roman et récit. Votre roman est un récit, et ce récit a du roman la vie, la verve, la vue, les couleurs, la sensibilité, la présence des acteurs ; on y plonge, on y est, on ne lâche jamais le fil, on se confond avec les êtres, avec l’époque, avec l’art.
Parfaite maîtrise de la narration, des faits, du climat général. On y apprend mille choses finement, concrètement évoquées, on s’émerveille de les reconnaître. La présence de Baudelaire en particulier est saisissante. Et celle de Courbet, bien entendu. La force du personnage, sa densité, cette sorte de folie de créateur obsédé par son oeuvre. Votre Virginie est admirable de présence, de sensualité, de confiance, d’amour. C’est une magnifique illustration d’une femme amoureuse.  Quel superbe hommage vous lui rendez ! Quel don d’amour  elle incarne ! Si elle vous lit dans l’au-delà, elle vous en remerciera à genoux. Et la tendresse, dans l’évocation d’Émile ! Elle est extrêmement forte, extrêmement émouvante. Ah, ce petit bonhomme qui aime son père, qui aime sa mère, qui attend son père, et qui pour finir lui envoie cette lettre où tout son amour déçu éclate, d’une dignité incroyable. Cette idée du modèle oublié est en tous points remarquable – le titre lui-même – convaincante, enthousiasmante, juste, vraie, splendide.
Cher Pierre, bravo. Dire de votre Courbet que c’est un joyau est banal, mais là, prenez le terme en sa vérité. Pas un mot de trop, pas une phrase qui ne résonne, rien ne manque, tout vibre, tout prend, tout emporte, tout se vit.
Maîtrise absolue : sachez que pour moi, en matière d’écriture, il n’est pas plus bel hommage.
Et sachez encore que je suis heureux que votre livre paraisse dans la collection d’Emmanuelle, qu’elle soit votre éditrice attentive, et vous cet auteur qui fait honneur, de si riche exigence, à la littérature : une souveraine réussite.
Cher Pierre, amitiés,


Cher Pierre,
Vous avez remarquablement donné force au présent de narration, dont votre récit tire une grande vivacité, une énergie, un rythme évidents. La lecture ne fléchit à aucun moment. Il n’y a aucune baisse de tension, aucune faiblesse. La cohérence, l’harmonie de l’ensemble ne souffrent d’aucune faille.  
Quant à mettre mon courriel sur votre site, surtout ne vous en privez pas : je vous ai écrit sitôt terminée la lecture de votre Courbet, et la sincérité de mon propos est entière. Je ne manquerai d’ailleurs pas de voir avec Emmanuelle comment donner à sa réception l’ampleur qu’il mérite. Je vous le répète : c’est une parfaite réussite. À très bientôt. Amitiés, Jean-Michel

Jean-Michel Delacomptée, [deux] courriels le 20 avril 2019

Essayiste et romancier, Jean-Michel Delacomptée a publié une vingtaine d’ouvrages parmi lesquels Notre langue française, Fayard, 2018, dans lequel il revendique son attachement à la pureté de la langue, un admirable Adieu, Montaigne, également aux éditions Fayard, en 2015, ainsi que La Grandeur, Saint-Simon, chez Gallimard, en 2011 couronné par plusieurs prix, désormais disponible en Folio. Le Sacrifice des dames, Laffont, 2017 se fraie un chemin dans la grande histoire, en toile de fond, pour explorer la nature humaine. Ce roman classique et baroque à la fois offre une parabole politique sous le couvert du jeu d’échecs, une conquête du pouvoir et un extraordinaire portrait de femme.

Page précédente —  Imprimer cette page — Page suivante