Douze retours-2 sur Le Modèle oublié, roman de Pierre Perrin, éd. Robert Laffont, avril 2019

Douze retours sur Le Modèle oublié
roman aux éditions Robert Laffont, avril 2019

Le Modèle oublié [couverture]La quatrième de couverture précise qu’ « on n’aura jamais été aussi proche du peintre que dans ce roman », que contrairement à bien d’autres, j’ai pris le temps de lire doucement, tant dévorer vous prive de beaucoup. N’étant pas critique littéraire ni érudite, je me contente de dire ici que ce n’est pas l‘essentiel que j’ai retenu. Connaissant déjà la bienveillance singulière de l‘auteur, Pierre Perrin, c’est donc de son regard attentif et lucide, extrêmement compréhensif vis-à-vis des déboires et amères désillusions de Virginie, que j’ai éprouvé la compassion et la justesse. Aujourd’hui qu’on célèbre l’anniversaire du droit de vote accordé aux femmes (si incroyablement récent dans notre histoire), comment ne pas voir dans ce modèle oublié mais tenace celui de la triste condition féminine au siècle de Courbet ? Au-delà encore point le problème irrésoluble de l’art jamais affranchi du commerce, du jugement des pairs et des acheteurs, de la bien-pensance, du conformisme, toutes choses dont la toile se fait toujours l’écho aujourd’hui autour du beau et du vrai. Impossible pour moi de ne pas réfléchir aussi en profondeur à l’engagement passionné de l’artiste, être complexe et étonnant, peu courageux devant ses proches, devenu une sorte de quasi-monstre imperméable aux autres malgré une sensibilité hors du commun couplée à un fulgurant désir d’indépendance. Le tout brossé à traits puissants sur la toile remuante d’un dix-neuvième siècle agité de colères politiques et de rébellion sociale et habité par les ombres de grands artistes disparus. — Colette Fournier, poète, FB, le 23 avril 2019

Ce que vous avez mis en lumière est passionnant. Votre vision de Gustave Courbet est si juste. Votre attachement à faire sortir de l’ombre Virginie Binet est comme une justice rendue, une dignité retrouvée. Il nous importe peu en réalité de savoir « ce que Gustave aurait aimé que l’on sache de lui ». La vie laisse des traces, des troubles, des vides où peut s’engouffrer magistralement l’imaginaire et votre livre se lit comme une enquête minutieuse, littéraire, historique, pleine de vie. J’ai beaucoup appris en lisant votre livre. Sur l’histoire d’une époque et bien sûr, sur la peinture de Courbet. Vous dire combien vous nous faites partager par vos mots et c’est le pouvoir de la littérature la complexité de la vie. — Gérard Netter, commentaire Fb du 24 avril

Chers amis, j’ai achevé Le modèle oublié. Cela se résume à : parcouru avec plaisir intense et avidité ; passion pour le sujet, regret de devoir l’abandonner à la dernière page. J’ai été bouleversé par cette lecture, à maints égards. Je pense que cela est dû au fait de la proximité du couple de l'écrivain que je connais et estime, et à celle du peintre. Mais je suis partagé car cette lecture m’a  fait découvrir un Courbet inconnu ; et je plains cette Virginie qui aurait gagné à être connue et davantage reconnue. J’ai appris une foule de choses et vous remercie de m’avoir fait partager ces connaissances. Pierre est un véritable conteur, historiographe, bibliographe, etc., un écrivain, quoi. Qui plus est, j’ai redécouvert du vocabulaire peu usité de nos jours. Donc un grand merci encore pour ce petit trésor. Ce fut un bonheur de lire cet ouvrage qui mériterait des récompenses littéraires. Bon WE et mes amitiés reconnaissantes. — Patrick Verheyde [courriel du 26 avril 2019]

Je viens de lire Le modèle oublié simultanément avec le dernier roman de Guillaume Musso, La vie secrète des écrivains. Vite, je vais offrir le Musso ; en revanche Le modèle restera dans ma bibliothèque… à côté de Controverse sur Courbet de Proudhon et Zola. La grande qualité de votre livre est d’exciter notre curiosité et nous inciter à apprendre. — Alain Grandjean, Dijon [courriel du 26 avril 2019]

Oubliée ? « Virginie semble moins assise qu’allongée sur son siège, que recouvre un drapé, sa belle tête ovale tournée sur l'oreille gauche, les yeux fermés […] la robe est plus que dégrafée, des épaules jusque sous les seins, dont le droit apparaît en plénitude sous la gaze. » Virginie est le « modèle oublié » de Courbet ; son fantôme parcourt le beau récit, fort bien documenté, de Pierre Perrin ; on y croise, Baudelaire, Hugo, Flaubert, sur fond de luttes pour les libertés en écho aux recherches et batailles artistiques. « Gustave prend sa femme de toute sa hauteur », écrit Pierre Perrin. Et aussi : « Est-elle réduite à un rôle de servante ? » On ne peut que se réjouir de cette « hauteur » qui parvient à immortaliser une jeune femme « à qui il est facile de se taire, sachant ne rien montrer de son dépit » en Liseuse endormie dont « le beau profil éclaire le tableau ». Lumière et parole, voilà maintenant Virginie au centre de la scène. — Françoise Roubaudi, sur sa page Fb, 30 avril 2019

Cher Pierre Perrin, je vous écris au sujet de votre livre, Le modèle oublié. La limpidité d’écriture au service de la compréhension permet de tenir en haleine la lecture. On croise l’urgence de Courbet à acquérir la célébrité dans un formule forte : « Que les cris soient d’admiration ou de dégoût, l’important est qu’ils fendent la foule. Et Courbet voit sa célébrité prendre comme un feu d’herbes sèches. » Un portrait est glissé par les mots de Théophile Gautier : « robuste, lourd et rustique mais avec toutes les saintes qualités du paysan ; il peint comme il voit. » Il sera ainsi envers les êtres, dont les femmes. Pierre Perrin développe une imagerie face à l’érotisme de Courbet qui est délectable : « ses doigts vibrent comme des ailes de libellule ». On lit aussi l’évolution de la supposée pensée de Courbet. Le tour réaliste nous prend à la lecture d’une histoire qui ne semble pas romancée. On est dans le vrai, le robuste, le franc, la force et la délicatesse d’une écriture. On voit une Virginie réduite comme beaucoup de femmes à presque rien, et cette beauté globale titille toutefois l’humain que serait Courbet. Être dans le réel qui absorbe les règles de la société ou les rejette. Courbet « ne croit à rien de ce qui élève l’âme. Il ne croit même pas qu’une âme loge entre ses os. Mais cette beauté qui fuse vers le ciel, avec ses ogives et ses vitraux laïcs, c’est cet instant Virginie dans sa vie. » Courbet croit en ce qu’il vit au prix d’être égocentrique. Le reste… La femme titille plus qu’elle ne prend place et corps dans la société. — Apolline Fontaine, poète, 5 mai 2019 [par Messenger sur FB]


J’ai fini de lire Le Modèle oublié depuis un temps certain. Comme je suis une dactylographe exécrable voilà que paresseusement j’ai ajourné ce qui n’est pas « retour » mais des impressions de lectrice. Comme déjà dit, je suis peu douée pour l’exercice !
C’est un livre où je suis entrée comme s’il m’avait accueillie ; j’entends par là que je m’y sentais bien, en familiarité si je puis dire, parce que tu as eu le don de faire vivre et cette époque, et ces personnages ; ce n’est pas si souvent le cas : ce n’est pas noyé sous la documentation ni le désir de montrer qu’on connaît l’époque (défaut fréquent dans les reconstitutions historiques). Non là c’est vivant, on y croit et on s’y croit. On est de plain-pied, si je puis dire
Je  connaissais Courbet un peu, mais là une fois le livre refermé impression de quitter une vieille connaissance. Et d’avoir beaucoup appris sur l’œuvre et l’homme. Et tu sais toi-même être présent dans le fond du tableau ; on te sent si j’ose dire dans le regard porté, dans cette sorte de tendresse rude et sans concession pour les personnages… je dirai : dans l’atmosphère qui se dégage du livre à la lecture.
Tout ça pour en venir à Virginie (n’oublions pas une fois de plus le modèle). J’ai aimé comment cette figure de femme était évoquée, avec un respect et une compréhension de ce qu’était la condition des femmes au XIXe siècle, ses difficultés, son amour, ses espoirs, difficile quand on est femme de ne pas se glisser en elle.
J’ajouterai que j’ai lu en m’interrompant et quittant à regret (probable donc que je relirai !) En tout cas j’en parle autour de moi et je vais en offrir un exemplaire à une amie dont je sais qu’elle appréciera ! Voilà succinctement mais si je veux mieux faire, je risque de ne pas le faire du tout, je me connais ! Belle journée à toi et je souhaite tout plein de succès mérité à ce beau livre. — Jacqueline Fischer, poète, [courriel, 6 mai 2019]

J’ai fini hier soir ton Modèle oublié que j’ai lu avec beaucoup de plaisir ces derniers jours. J’en ai savouré les chapitres les uns après les autres et cette façon que tu as eue de nous projeter dans cette petite histoire du XIXe qui a souvent croisé la grande (avec cette fin pleine de panache d’un Courbet devant financer la construction d’une nouvelle Colonne Vendôme). J’y ai beaucoup appris sur ce très grand peintre que fut Courbet et que tu décris avec beaucoup de réalisme et de truculence. Je dois te dire qu’ayant eu un camarade d’école jurassien, je me suis réjoui d’imaginer le grand peintre parlant avec cet accent profond (tu ne parles pas de la concoillotte, mais je l’imaginais pas loin au fond du chaudron sur le feu). Tu nous mènes dans la réalité des choses, un peintre aussi grand et des préoccupations aussi terriennes, matérielles et foncières parfois. Cette fatalité qui s’est abattue sur la descendance de cette famille a quelque chose de logique tant la relation à l’amour et à la filiation était loin des préoccupations du peintre qui apparaît sous ta plume comme un homme relativement dur, en dépit de quelques rares moments de sentimentalité qui l’envahissent à l’occasion. Bref, un roman plein, qui nous donne beaucoup, dans un style que j’ai beaucoup apprécié. Une question : cette épilogue que tu nous contes est-il vraiment arrivé de cette façon ? Merci encore pour cette lecture saine et vigoureuse. Amitiés. — Denis Moscovici [Messenger, 6 mai 19]

Cher Pierre Perrin, La lecture de votre dernier livre m’a charmée, par la pudeur discrète et bien présente de Virginie, la générosité de son amour désintéressé, fidèle à l’infidèle. Quelle belle personne. Votre écriture ferme la sert, en souligne la sensualité avec légèreté. Son rapport à son fils est magnifique de tendresse et de douceur. J’ai eu le sentiment d’approcher au plus près du peintre et de son art, en voulant m’éloigner de l’homme, brutal, oublieux et peu aimable Courbet. C’est un livre riche où j’ai appris beaucoup sur l’environnement amical de Courbet, ses rapports avec Baudelaire notamment,  sur mon Jura (pourtant natal) dont les évocations très visuelles m’ont replongée dans un passé pas si lointain. Un grand merci. — Catherine Wallisky, courriel, 8 mai 2019

L’article de Savatier est une bénédiction plus que méritée. Pierre, J’ai adoré votre livre. Virginie amoureuse de Courbet, généreuse, charnelle, intelligente, si humaine, va l’aider et le défendre malgré tous les travers du peintre qui ne la présentera jamais à sa famille, pas plus qu’il ne reconnaîtra leur fils, le petit Émile qu’il aime mais délaisse souvent, tout comme il délaisse Virginie. Courbet a pour but suprême sa reconnaissance en tant qu’artiste, il ne vit que pour cela, le reste est accessoire même son amour pour Virginie passe au second plan. Reconnaissons lui qu’il a du talent et travaille énormément pour être le meilleur. Nous croisons Baudelaire, Proudhon, Flaubert et tant d’autres personnages célèbres, sommes plongés dans la Commune. J’ai vraiment eu l’impression d’avoir vu un film, j’ai tourné chaque page avec un grand bonheur, impatiente de savoir ce qui allait arriver à Virginie et à Émile, j’ai vécu avec eux et si triste de finir le livre et de les quitter que je vais le relire. Un grand merci, Pierre, pour cette magnifique histoire si documentée dans laquelle vous avez mis tout votre coeur et votre sensibilité et merci d’avoir offert une visibilité à cette magnifique femme qu’est Virginie. — Jacqueline Giudicelli, 9 mai, sur Fb.

Le Modèle oublié, c’est un livre comme on les aime – en tout cas comme je les aime. Il nous poursuit entre deux épisodes de lecture, ou plutôt il nous enveloppe comme un parfum et cela est très doux. Très documenté, il nous transporte dans ce XIXe siècle qui nous « nostalgise » quelque peu (la rencontre avec Baudelaire dans son aspect humain) et, très subtilement, il nous fait ressentir l’ambiguïté de la place de la femme dans la société à ce moment là. Pierre Perrin y dresse un portrait de Virginie Binet comme ressenti de l’intérieur et je trouve cela très fort. Mais comme lorsque j’aime un livre, je fais durer la lecture : je n’ai pas tout à fait terminé. Peut être pourrai je en dire plus un peu plus tard. Pour l’heure soyez remercié du plaisir apporté, Pierre, ainsi que Jeanne qui comme souvent agrandit et colore toujours plus l’horizon. — Marie-José Eychenne, commentaire Fb, 18 mai 2019

[…] Quelles sont les parts de vérité, d’interprétation et d’imagination dans cette présentation, puisque la correspondance amoureuse de Courbet a été détruite ? Pierre Perrin écrivait dans un précédent récit, Une mère, Le cri retenu, Cherche Midi, 2001 : « D’une existence, il ne demeure presque rien. Magicien sans illusion, on fait parler les restes, quelques bribes de phrases éventées, des lettres, des photos. On ne peut rien certifier de sa recréation ». Il incorpore dans Le Modèle oublié faits et conversations réelles tirées de la très large documentation qu’il a consultée (consignée en fin d’ouvrage) et met son style très personnel et savoureux à l’avenant du langage de l’époque. 
Toujours dans Une mère, il écrivait encore : « Une œuvre est un trompe l’œil ; pour l’émotion suscitée, un souffle. L’artiste à la terrible volonté creuse sa tombe comme chacun. Qu’il s’en détourne ou la dévisage, ou croie la reculer, il s’enterre vivant. » N’est-ce pas ce que réalise Courbet, quand il peint L’Homme blessé ? Ne fait-il pas encore de même, en fin de vie ? Si ce roman offre un tableau peu flatteur du peintre, c’est que le plus grand amour de Courbet fut son art, la peinture, et peut-être aussi la richesse et qu’elle lui apporta. Enfin, ce roman offre au lecteur un intéressant cheminement à travers les peintures de Courbet. Aussi regrette-t-on, qu’hormis la très belle couverture qui présente la partie centrale de la toile, L’Atelier du peintre, elles ne soient pas reproduites en encart dans l’ouvrage même. — Marie-Françoise, Le Café littéraire luxovien, courant mai 2019

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